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Nadima Bakkour Rahi et le voyage de la mort

Enquête rédigée par Marie Khoury

Traduite par Elissar Naddaf

 

ANI - Nadima Bakkour Rahi ne savait pas que son voyage en Australie allait la priver de son mari, ses deux fils et sa belle soeur. La diplômée en Littérature arabe avait toujours rêvé d'un avenir brillant pour elle et pour sa famille, rêve irréalisable à Tripoli, surtout à Bab el Tebbaneh, où les batailles permanentes et les tirs de feu l'angoissaient.

 

La famille, formée du père, de la mère et des enfants: Nour(7 ans), Khalil( 6 ans) et Karim(3 ans), a vécu de grandes et de petites guerres pour assurer les besoins d'une vie décente. Nadima donne des leçons particulières dans un orphelinat à Abi Samra et son mari possède un salon de coiffure dont le travail a régressé à cause des évènements.


La famille comptait sur la fete du Fitr pour améliorer sa situation matérielle mais les choses ont empiré vu que le rendement a diminué de deux millions de livres libanaises à 300 mille livres libanaises ce qui poussa son mari "tendre et bon" comme elle le qualifie à vivre dans un état de détresse et d'anxiété .


Le mari, qui était inquiet de l'avenir de ses enfants et qui a voulu les éloigner de cette réalité amere, a voulu émigrer en Australie où ses frères et ses proches vivaient .Mais son attachement à sa famille l'a empeche de les laisser seul.

 

Nadima qui n'a pas pris la décision de son mari au sérieux, a inscrit ses enfants au collège 'Al Moutran" dans la rue Azmi . Le hasard a voulu que son mari rencontre Abdallah Tiba auquel il a demandé de lui assurer son voyage en Australie sans penser que la mort allait l'attendre sur le bord du bateau.

 

La famille a emprunté une somme d'argent de ses proches, et Nadima a pour sa part vendu ses bijoux pour payer la somme de 40 mille dollars à Tiba comme frais de voyage.

 

La famille a quitté le Liban le 28 Août via l'AIB pour l'Indonésie et elle a passé 10 heures à l'aéroport de Turquie avant d'arriver à Djakarta le 30 Août.

 

A son arrivée, Hamada Tyba a pris la famille a Kampiata City où elle a logé dans un appartement .Le lendemain, une dame appelée 'Oum Saiid" s'est rendue à l'appartement de la famille et leur a demandé de payer la somme restante avant l'arrivée de Abdallah Tiba . Après le refus de Nadima de payer la somme avant son arrivée à la destination, la dame a chassé la famille de l'appartement . Cette derniere fut obligée de donner à Tyba la somme de 23 mille dollars pour retourner à l'appartement.

 

"Mon mari me consolait en me demandant de me patienter jusqu'à ce qu'on arrive en Australie et nous sommes alors restés dans l'appartement jusqu'au 23 septembre. Ils nous ont pris deux fois dans un cortege formé de six voitures et nous ont confisqué nos portables prétendant que nous étions en route vers l'Australie mais à chaque fois ils nous disaient que le voyage était annulé" a-t-elle indiqué.

 

"Le 24 septembre, nous nous sommes dirigés vers une région qui s'éloignait six heures de notre appartement et nous sommes arrivés à une région proche de la mer où nous avons passé la nuit dans une cabane jusqu'à cinq heures du matin" a-t-elle raconté.

 

"Nous sommes arrivés à un fleuve puis à la mer au bord du meme bateau et nous avons demandé si nous allions voyager à bord de ce bateau primitif spécialisé pour la peche et qu'un vieil homme conduit et ou la nourriture, l'eau et les salles de bain n'étaient pas disponibles. Anxieux, nous avons demandé à un jeune homme proche de Tiba nommé Jawhar si le voyage aurait lieu à bord de ce bateau. Il nous a alors montré sur son téléphone cellulaire la photo d'un bateau blanc luxueux avec des chambres et des salles de bain et nous l'avons cru. Nous avons débarqué à bord d'un bateau trois heures de suite en attendant l'arrivée du bateau promis .Nous sommes restés dans l'océan et les vagues nous faisaient vaciller.Le troisieme jour on nous a demandé d'aller nous coucher nous promettant que le lendemain le bateau arrivera à Christmas island.Le quatrieme jour nous n'étions pas encore arrivés à l'ile . Un passager irakien nous a demandé alors d'utiliser le GPS pour savoir où nous étions et nous avons découvert que nous étions proches de Jakarta et non de Christmas island. Le bateau était dans un mauvais état: sans eau, sans nourriture, sans fuel, sans salles de bain. Les enfants étaient effrayés et l'eau s'infiltrait à l'intérieur du bateau. Nous avons vu de loin une ile comme un mirage et nous avons espéré arriver au sol . Nous voulions retourner au Liban apres quatre jours durant lesquels nous avons vu la mort de pres. Le capitaine de bord a accepté de nous ramener en Indonésie et nous nous sommes alors approchés de l'ile.Nous avions faim et soif . Peu de temps apres je me suis trouvée sous le bateau et je ne réalisais plus ce qui s'était passé .Je nageais pour essayer de voir la lumiere et je me suis accrochée à quelque chose pour flotter et respirer car les vagues étaient tres rapides et atteignaient une hauteur de 10 metres. J'ai pensé que j'allais mourir mais je n'ai pas cédé. Je combattais les vagues puis je suis arrivee à cinq metres de la plage . J'ai rampé sur l'eau. Un indonésin est venu me secourir. J'étais effondrée et je pensais que mon mari qui était un tres bon nageur m'attendait sur la plage. J'ai vu par la suite mon fils Khalil évanoui et emporté par les vagues . J'ai eu la force de le retirer et j'ai commencé à prier et à presser sur son ventre et son nez et l'eau a commencé à sortir de sa bouche. Il a repris conscience et les habitants de l'ile lui ont fait les premiers secours avant de le transporter à l'hopital" a-t-elle dit avec amertume.

 

"J'ai su par la suite que mon mari et mes deux enfants Nour et Karim étaient morts . J'ai vu leurs photos ils étaient défigurés et décomposés. Je veux que les corps arrivent pour que je me repose un peu. Je ne m'attendais pas à ce que la perte soit aussi grande et je n'encourage personnes à voyager d'une facon illégitime car il est difficile que l'homme perde sa famille" a ajoute la dame.

 

'Je remercie Dieu pou tout" a conclu Nadima qui a raconté sa misere et celle de plusieurs familles à bord du bateau de la mort. J'ai été fascinée par sa patience et sa foi et sa volonté de lutter pour son fils unique Khalil.

 

===========E.N.G

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